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SHIN : la chronique de Raphaël Perez. LE KARATE ... PLUS QU'UN SPORT !

Dans le discours de nombreux pratiquants, on relève souvent le distingo suivant : le karaté n’est pas un sport ...

Malgré les efforts déployés par la fédération pour nous le faire oublier, (valorisation des techniques spectaculaires en compétition, olympisme visé puis abandonné puis… ?) le karaté s’inscrit en effet dans la tradition du Budo. Le karaté est une voie. Les motivations qui peuvent faire pousser la porte d’un dojo pour la première fois sont multiples. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Si l’on souhaite se débarrasser d’une surcharge pondérale, un régime et du footing sont plus efficaces.

De la même manière, pour une belle plastique, il y a la musculation. Et pour  découvrir la culture japonaise, une étude encyclopédique et quelques voyages seront plus profitables. Le combat est l’essence du karaté.
C’est à travers son étude approfondie et sincère que notre art pourra effectivement avoir des retentissements positifs sur nos vies.

Mais il faut avoir une véritable attitude réflexive. Dans les premiers temps de la pratique, l’agressivité augmente les chances de victoires.

En tant que débutant, pendant mes 15 premières années de karaté, j’avoue m’être satisfait du caractère viril de mes kumite de dojo (ou autres…). Je recherchais systématiquement la mise hors combat sur un low kick ou un coup de genou par exemple. Avec le recul, je me dis qu’on ne devait parfois pas être très réjoui de me voir arriver à l’entrainement. Cette conception de l’art du combat est en un sens réjouissante sur l’instant, mais elle comporte des limites. Elle mène les plus doués vers l’orgueil et les autres vers l’aigreur.

Ceci explique certainement les anecdotes que l’on peut collecter auprès des pratiquants de la première heure sur des champions ou « maitres »  se commettant dans des bagarres provoquées. J’ai moi-même assisté à ce genre de scènes de la part de 2 anciens champions du monde.

 

Si le karaté est une école de vie, on voit que certains passent parfois à coté. Il est possible de se cantonner à ce niveau de pratique.

Mais, plus tard, les qualités physiques déclinant, certains éviteront l’exercice du combat ou abandonneront tout simplement. C’est ici qu’il faut relever le paradoxe qui fait la richesse du Budo.

Pour progresser dans la qualité de notre combat, nous devons réaliser que si le moteur de nos techniques est la haine, la colère ou l’envie de faire mal, de dominer, nous ralentissons nos techniques, les « téléphonons » et  nous obscurcissons notre perception  de l’adversaire.

Ainsi, d’une considération très pragmatique (vaincre) peut découler un travail indirect sur l’ego. C’est à mon sens la véritable signification du combat de karaté. Mais le gros du travail doit s’effectuer à l’intérieur. C’est en partie pourquoi on dit traditionnellement que « la technique mentale prime sur la technique physique ».

 

D’autre part, à  chaque assaut, il faut s’interroger avec sincérité. Ai-je réellement porté un coup décisif ?

Si oui, était-ce fortuit ? Puis-je le reproduire ? La recherche de vérité doit être permanente. De cet état d’esprit découlera un mode de fonctionnement applicable à la vie de tous les jours. Deux anecdotes issues de mon dojo me semblent constituer de bonnes illustrations de  ce que peut être la voie. Un de mes jeunes élèves alors âgé de 9 ans s’essaya un jour à la compétition combat de la fédération (championnats de Paris).D’un gabarit robuste, il se retrouva seul engagé dans sa  catégorie, assuré ainsi d’être médaille d’or.

Il accepta alors de combattre dans la catégorie inférieure  pour, m’annonça-t-il, voir s’il avait progressé. Il remporta alors la médaille d’argent et conclu : « Au moins, celle-là, je la mérite ».
Certains adultes en quête de reconnaissance n’auraient pas fait preuve d’autant de maturité.

 

A l’autre bout de la pyramide des âges des pratiquants de mon dojo se trouve Christian Savilia.

Pratiquant de haut niveau , il fut notamment champion de France de karaté contact et l’un des premiers élèves du Maître Takayasu. Aujourd’hui âgé de 57 ans, cet adepte est encore un combattant redoutable qui multiplie les mises hors-combat à l’entrainement. Sa progression constante liée à une grande maîtrise de son égo en font un exemple à suivre pour  tous les membres de notre dojo et je suis fier de le compter parmi  mes partenaires de recherche.

« Dans l’eau calme du lac, la lune n’a qu’un reflet »


Commentaires  

#1 Votre reporter 05-04-2014 20:29

Régulièrement Raphaël Perez nous proposera une réflexion sur les arts martiaux.

Un regard sans concession sur notre pratique, nos mythes et nos croyances. Une écriture franche et directe avec une recherche constante de la vérité que seule l'expérience permet d'approcher.
Derrière ses coups de cœur et ses coups de gueule probablement vous vous retrouverez ...

Bonne lecture avec sa première Chronique : LE KARATE ... PLUS QU'UN SPORT !

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