SHIN : la chronique de Raphaël Perez. LA TRADITION !

J’ai toujours aimé le taboulé. Bien frais, l’été, en situation de pique-nique ou de barbecue, c’est très rafraîchissant. Pendant des années, j’ai apprécié ce plat composé en grande partie de semoule.

Mais un jour, dans un restaurant libanais, on m’a servi un taboulé traditionnel. J’imagine que je ne suis pas le seul à avoir été surpris de constater les différences majeures entre les deux versions. Les proportions herbes-sucres lents ont étées inversées et le bourghoul (terme d’origine) a été remplacé par la semoule.

Loin de moi l’idée, vous vous en doutez, d’introduire une chronique culinaire sur uechi-info.com .

Ceci étant, le parcours du taboulé me semble être une image parlante de ce qui est arrivé au karaté.
En termes de cuisine , cette évolution d’un plat traditionnel n’a que peu de conséquences. Les deux plats coexistent à présent et libre à chacun de préférer l’un ou l’autre.

En ce qui concerne les arts martiaux , qu’en est-il exactement ? On sait que les modifications ont été nombreuses.
A la question de savoir si les occidentaux avaient bien digéré les arts martiaux orientaux, un de mes maitres a répondu que , peut-être , ils étaient encore en train de les « manger »…
Il est fondamental de s’interroger en permanence sur sa pratique.

La tradition est souvent avancée comme l’argument ultime. « C’est supérieur puisque c’est traditionnel » entend-on souvent. Mais qu’est-ce que la tradition ? La connaissons-nous vraiment ? La plupart des pratiquants ne connaissent-ils pas qu’un taboulé martial ? Et en quoi serait-elle concrètement supérieure à l’évolution ?

Une idée fausse de la tradition.

Sur le fond comme sur la forme , les erreurs sont nombreuses .

1) La forme :

Le « kimono » a longtemps été l’erreur la plus répandue. Pendant des années , ce terme a été utilisé pour désigner la tenue d’entrainement. La plupart des pratiquants ont rectifié le tir, et l’on sait maintenant que l’appellation keikogi ou karategi en l’occurrence, est plus appropriée . Mais cette erreur sémantique corrigée ne gomme pas le fait que cette tenue N’EST PAS la tenue « traditionnelle » de la pratique .

 

Comme on le sait, le karaté est d’origine chinoise. Plus particulièrement le style rapporté par kambun uechi est COMPLÈTEMENT chinois. Uechi n’a d’ailleurs à ce qu’on sait pas enseigné à Okinawa mais en Chine (à Fuzhou ) et à Wakayama, (Japon central).
Même quand son fils Kanei a commencé à enseigner à Okinawa, les tenues d’entrainement étaient en accord avec la météo locale, et l’on pratiquait donc dans une sorte de short blanc (un pantalon retroussé) , un peu comme en Muay Thai .

Pas de karategi donc , pour la simple et bonne raison que celui-ci n’existait pas sur l’ile. Comme je l’ai évoqué dans la chronique précédente, on doit cette tenue au maitre Gichin Funakoshi , que le shotokan révère comme maitre fondateur. Venu au japon pour faire connaitre cet art, il dut , la veille de la démonstration, à la hâte, coudre une tenue sur le modèle du judo, pour avoir l’air décent devant le butokukai .

Ces considérations vestimentaires pourraient paraitre secondaires, mais il n’en est rien. En effet, si l’habit ne fait pas le moine, le keikogi fait -un peu- la pratique. Le « claquant » de la belle toile coton des karategis (surtout ceux de la marque okinawaïenne la plus connue) constitue un vrai piège du fait de la fausse impression de puissance donnée. Un champion du monde de kata m’avait confié qu’il amidonnait ses tenues et les faisait retoucher par un tailleur(…) Inconsciemment, il est très facile de confondre un bon « claqué » de la toile avec un réel kime. De ce fait , la course des techniques se modifie et l’accélération maximale n’est pas atteinte au bon moment. Le coup devient moins efficace. (Ceci a été démontré avec des mesures comparatives de puissance…). De plus, un temps mort de « satisfaction » peut se créer.

 

 

Pour éviter ces écueils, mon frère et moi avions acheté nos keikogis au japon chez un fournisseur kyokushinkai dont les pratiquants échappent à ce piège (meilleure coupe et d’une toile plus fluide) . Il est par conséquent intéressant de réaliser ses entrainements personnels sans gi. C'est pour cette raison que de temps à autre, mes élèves quittent la veste.

Certains maitres ont d’ailleurs modifié leur tenue d’entrainement par rapport à cette considération . Certains ont opté pour des toiles plus légères . M. Boutboul, qui avait conçu la tenue du yoseikan-budo de maitre Mochizuki, m’avait parlé de cet aspect . D’ autres ont décidé de tirer partie de la tenue comme maitre Henry Plée qui en avait conçu une masquant la respiration ventrale (c'est d’un grand intérêt martial). Du coup la couleur blanche n’est pas une obligation. Shinyu gushi, 10 ème dan de l’école Uechi, pratiquait parfois en noir jusqu'à son décès récent en 2012. Kanei uechi, le fils du fondateur et l’ »architecte » du style, a porté le noir aussi.

Chronique 3 La Tradition 5

 C’est d’ailleurs pourquoi, afin de signifier une forme de retour aux sources , de marquer une rupture avec les choix sportifs pris au niveau international, et enfin pour marquer le deuil de l’enseignement de Takemi Takayasu, vous verrez les yudansha du Uechi Ryu Evolution de la Koteikai porter le noir. Signalons au passage le rôle de la ceinture. Actuellement , sa fonction est de montrer le grade . Or, le système des grades est récent . J’y consacrerai une chronique. En fait, la ceinture chinoise , plus large, avait un rôle réel ( maintien, énergétique…). La ceinture « vestigiale » a perdu son utilité initiale au profit d’un système de grades flou qu’il m’a été nécessaire de redéfinir.


Pour continuer sur la forme, il est amusant de noter que tout le cérémonial de début de cours, avec alignement des élèves et rituels de salut, n'est pas non plus traditionnel. Ces routines ont été calquées sur les habitudes militaires des armées OCCIDENTALES. (Surpris, non?…). Cette structuration date d’une période charnière de l’histoire du Japon. On peut choisir de continuer à pratiquer ainsi , mais quoiqu’il en soit , il faut avoir en tête que l’on s’inscrit alors dans une forme de modernité.

De la même manière, l’entrainement cadencé au rythme du compte du senseï connait la même origine. Mais dans ce cas le problème est réel. Il faut s’y adonner avec parcimonie. En effet, s’il permet de créer une émulation du fait des efforts simultanés du groupe, il n'est pas favorable à l’apprentissage technique. Celui qui maitrise se freine et celui qui découvre n’a pas le temps de s’attarder à certains points de détail de la technique. De plus, les différences anatomiques induisent des rythmes différents. Cette façon de travailler correspond à la période de développement du karaté de masse (armée, école…) avec de grands groupes d’élèves, alors que la tradition plaçait le maitre face à 5 ou 10 disciples (« une main, voire deux »).
Il y a 2 ans, j’ai constaté que cette militarisation à l’occidentale était toujours en développement. Lors d’un koshukai (stage international), certains pratiquants de Uechi-ryu d’une délégation étrangère pratiquaient des demi-tours militaires exagérés avec claquage de talon et tout le décorum associé ( avec un ton très « chef-oui-chef » etc). Il existe probablement des réponses psychanalytiques à ces dérives (cela a déjà été analysé dans certains ouvrages) qui doivent certainement correspondre à un besoin d’être guidé, commandé, ou à un besoin d’appartenance.
N’oublions pas que la voie martiale doit mener à l’éveil, à la libération, plutôt qu’à l’obéissance. C'est une voie d’épanouissement. Il est à ce niveau au passage révélateur que le terme sensei, signifiant « né avant », dans le sens « plus en avance sur la voie », ait donné « maitre » en occident. On passe de l’idée d’un guide, un modèle à imiter (techniquement et moralement), à celle d’un professeur-dominateur qui va inculquer.

 

 

Quittons la forme ( quoique…) pour le fond

2) le contenu :

Le karaté fait la part belle aux techniques de percussion ; c’est une évidence. Mais rester vierge de toute connaissance dans les deux autres distances de combat que sont la lutte et le sol (sans compter la dimension des armes) est suicidaire. Maitre Takayasu rappelait souvent que nous devions être prêts à affronter toutes les autres méthodes de combat et les kumites à son dojo comportaient cette dimension. Or, c’est là la vrai attitude TRADITIONNELLE. En effet, une école d’art martial doit fournir à son adepte le vocabulaire pour répondre à toute situation. Même le judo de maitre Kano, la « voie de la souplesse » , comportait des réactions à des frappes à la base Les katas de judo sont là pour le rappeler.

Roland Habersetzer, 9ème Dan Hanshi, dont les connaissances encyclopédiques et les connections avec un enseignement direct du Japon au plus haut niveau sont notoires, définit le karaté ainsi:

« Le Karaté est la forme japonaise d’une technique de combat sans armes, mains et pieds nus ;
c’est une forme d’attaque et de défense qui repose exclusivement sur l’utilisation rationnelle des possibilités naturelles offertes par le corps humain ; (...)
Dans sa forme caractéristique le karaté est une escrime des bras et des jambes, les deux servant indifféremment à parer une attaque adverse ou à riposter ;
il est complété par des techniques de luxations, de projections et de renversement ; en fait le karaté comporte tous les moyens pour la mise hors de combat d’un assaillant ;
rien, aucun coup ni aucune prise, n’est interdit »
(Karate-do ,1986, p. 15)

 

 

Maître Choki Motobu, (1870-1944), contemporain de Kanbun Uechi (1877-1948), célèbre pour ses combats de rue et pour sa victoire sur un champion russe de boxe anglaise, était considéré comme un des pratiquants (le pratiquant ?) le plus redouté d’Okinawa, et il complétait son travail technique par des saisies, luxations et projections venues d'autres disciplines .

Je tiens de la bouche d’un 9ème Dan (ça représente quelques années de pratique…) qu’à Okinawa , les anciens avaient mis en place la méthode de l’entrainement dans un grand tonneau (déplacements et fuite impossibles…) pour expérimenter le corps à corps. A ceux qui seraient tentés de lancer l’objection réflexe « ça n’est pas du Uechi-ryu » ( je l’ai entendu Décidément …) , je rappellerais que les katas de notre style indiquent l'étendue des situations envisagées.

Une réaction contre un ramassement de jambes ( le double-leg du MMA) et d'autres contre une attaque au bâton montrent bien que le message est clair: il ne faut pas envisager que les percussions à mains nues Mais il faudrait être bien naïf ou inconscient pour se limiter uniquement aux situations exposées dans les katas. Un travail complémentaire est donc nécessaire. Allez donc sortir de la position montée à partir du kata seisan…

Bien sûr, une mise en garde s’impose. Le travers possible quand on introduit la dimension de la préhension est de se livrer, par identification aux champions médiatiques du MMA, à la recherche du corps à corps. Par expérience , et mon frère pourrait se joindre à moi pour confirmer, rares sont les situations de combat en un contre un ou sans armes.

Le corps à corps et le sol sont les situations à éviter et l’on doit s’y entrainer au cas où…

Mais c'est vrai que l’ identification est un piège puissant et que l’on trouve parfois des pratiquants qui vont jusqu'à négliger trois frappes contrôlées au visage , ou qui pensent que leur cricoïde est blindé, juste pour le plaisir de saisir et d’aller au sol.



Maitre Takayasu en était conscient et avait déjà formulé des rappels à l’ordre. Pour continuer sur le contenu technique, il faut bien comprendre que tout art martial se constitue en fonction du contexte historique dans lequel il s’élabore. Par exemple, de nombreux étranglements du judo, issu du jiu jitsu, reposent sur la manipulation du col . Ces techniques sont très efficaces si le vêtement le permet. Elles ont étés élaborées à partir de la tenue alors en vigueur. C’est le pragmatisme de l’esprit « traditionnel ».

A l’époque de D’Artagnan , la pratique de l’art martial impliquait de maitriser la rapière. L’attitude « traditionnelle » est donc d’adapter la pratique au contexte. En ce sens, et d’une manière très pragmatique, la tradition implique l’évolution.

L'importance de bien garder un esprit critique.


Dans tous les cas, il est toujours important d’exercer sa sagacité et de ne pas se comporter comme un membre d’une secte.

Souvent , on entend des pseudo-traditionnalistes critiquer les sports de combat et leur opposer les fameuses valeurs « traditionnelles » des arts martiaux orientaux.
Mais il est important de noter ici que ces dites valeurs sont tout à fait modernes.
On pense souvent les arts martiaux avec une moralité calquée sur la morale judéo-chrétienne occidentale (la défense de la veuve et de l’orphelin des chevaliers chrétiens du moyen-âge…) On oublie (ignore?…) qu’il était courant pour les samouraïs par exemple de tester leurs sabres sur les pauvres passants qui n’avaient rien demandé Un des premiers élèves de Jigoro Kano ( le créateur du Judo) , encore imprégné de cet esprit , avait d’ailleurs vérifié ainsi de manière tragique l’efficacité de ses techniques.(mort d’homme…)
A quelles valeurs cela correspond-il? Suivrez-vous cette tradition?
Le fameux Musashi notamment , probablement le samouraï le plus fameux, était connu pour ses coups fourrés (comme arriver en faisant semblant d’être malade à un duel et frapper par surprise…)

 

 

La voila la vraie tradition martiale japonaise.

Le fait de considérer qu’on pouvait s’élever par la pratique n’était pas à comprendre au sens des valeurs actuelles.La structuration du Budo, qui est moderne et date de l'ouverture du Japon à l’occident, a amené ce changement.
Prenons un autre exemple.
Lorsque le karaté a commencé à être enseigné en occident, il était «traditionnel» de ne pas autoriser à boire pendant les cours. Cette rigueur largement inspirée de l’esprit kamikaze contemporain de l’élaboration du karaté moderne correspondait à l’idée de former rapidement un guerrier déterminé, sans peur, obéissant, prêt à se sacrifier.
On sait maintenant que cette privation d’eau est complètement catastrophique pour le corps, et les confidences que j’ai eues de la part de hauts gradés prouvent que les problèmes de santé induits sont réels.

Est-ce la bonne voie? Suivrez vous cette tradition?

Autre exemple encore. Le professeur d’un de mes maitres lui avait confié que les règlements de comptes entre « maitres » à Okinawa étaient vraiment violents, et que si une pierre trainait on l’utilisait parfois dans le crâne de l’adversaire. Suivrez-vous cette tradition? Comme vous le voyez, on est loin de l’image du maitre Miyagi de karaté kid…

Les anecdotes sont nombreuses qui évoquent les comportements lamentables de certains maitres japonais déclenchant des bagarres de boite de nuit ou fracturant, ivres morts, le nez de leurs élèves sans raison. Remarquez, ils auraient tort de s’en priver , vu que sachant cela certains leurs déroulent toujours le tapis rouge et en font leurs maitres de référence, avec moultes courbettes, leurs permettant de délivrer stages et diplômes onéreux…
Suivrez-vous cette tradition? Pour toutes ces raisons, il est nécessaire, quand on décide de s’investir dans l’étude d’un art martial et de suivre un courant, un maitre, de bien cerner dans quelle tradition il s’inscrit. Il faut comparer, ouvrir son analyse, car on devient qui l’on côtoie…

 

 

En quoi la tradition peut être vraiment supérieure ?

Par rapport à l’élaboration technique des arts martiaux , il faut impérativement faire preuve d’humilité. Plus une école est ancienne, plus elle est le résultat des expériences réelles du champs de bataille. Une école est une compilation de découvertes de génie , sur plusieurs générations. Mais l’on dit souvent que lorsqu’on lui montre la lune, l’idiot regarde le doigt . Et vu que la transmission dans le domaine des arts martiaux est très particulière, parce que souvent volontairement incomplète, souvent non verbalisée, l’essentiel n'est préservé que par ceux qui regardent la lune. Mais cet essentiel existe.
La tradition est le résultat d’une série d’innovations, mais pas d’un bricolage aux motivations parfois non sincères ( commerciales…)
Les excentricités modernes (certaines ont beaucoup de succès en ce moment) sont soit, quand elles sont sincères, le fruit de créations intellectuelles qui s’écartent du réalisme de ce qui est possible, soit , quand elles ne le sont pas, motivées par l’égo (envie de laisser une trace) ou par l’appât du gain ( esthétisation , appauvrissement technique, politique du « plus d’élèves »..)

Sur la manière de générer la force par exemple, le style Uechi apporte des réponses techniques précises (les arcs des trois animaux…) qui démultiplient de manière technique la puissance d’impact.Il ne s’agit pas d’effectuer des mouvements de bras comme on le voit le plus souvent même au plus au niveau (de dan j’entends). Je l’avais abordé sommairement lors d’un stage cette année. Il est hallucinant de voir des pratiquants ayant des décennies de dojo continuer à vouloir améliorer leur développé couché ou leur vitesse pour frapper plus fort. Il est encore plus étonnant de trouver des maitres renommés parler de « l’esthétisme de la grue » et de la « force du tigre ». (mensonge? ignorance?)
De la même manière, en ce qui concerne une autre composante des arts de percussion (réussir à toucher), la tradition propose des astuces qui permettent de toucher quasiment à coup sûr. Il est impossible de les inventer en une vie. Et ces principes n’ont strictement rien à voir avec un travail de type « boxe »…Quelle perte quand certains courants les suppriment…


Onkochishin

Ainsi, on le voit, la tradition est souvent mal comprise. On pense souvent que la respecter correspond à la stricte observance de la forme (cérémonial, tenue, situations envisagées…) alors que le fond (les principes profonds techniques du style pour réussir à toucher, toucher efficacement, s’adapter et s’améliorer en tant qu’individu), est abandonné . C’est souvent le cas dans d’autres domaines, comme bien sûr en religion, ou beaucoup s’acquittent des obligations formelles sans aucun travail sur l’intérieur…

Lorsque j’ai rencontré Takemi Takayasu , j’ai compris le sens du terme « maitre ». Je ne suis pas le seul . Un de mes amis proches, « frère d’une autre mère » comme nous nous appelons, entraineur d’une équipe nationale de karaté, m’ a avoué que Takayasu était LE SEUL VRAI maitre qu’il ait jamais rencontré. Au vu du parcours de ce pratiquant, cette appréciation représente beaucoup. Et je comprends pourquoi il a ce point de vue.
A un niveau purement technique, sensei Takayasu était un vrai chercheur de vérité. Il avait choisi de forger son corps au maximum de ses capacités et n’évitait jamais l’exercice du combat, au cours duquel il analysait avec une admirable sincérité ses réussites, nombreuses, et ses échecs, rares.
Il s’était fixé pour règle une pratique sans concession avec, conformément à l’esprit traditionnel de recherche d’efficacité en toute circonstance, l’introduction de techniques contre couteau ou arme à feu (Levez la main ceux qui disent que ça n'est pas du Uechi Ryu ? Personne ?…) Parallèlement à cet aspect martial, son travail sur lui même, en termes de courtoisie, de maitrise de soi, était exemplaire. Car en fait, ces progressions vont de pair. La maitrise de l’égo induit une amélioration des capacités de combat. (cf chronique 1). Cet homme s’inscrivait donc dans cette tradition qui vise à l’amélioration de soi par la pratique martiale. C’est cette voie qu’avec ceux qui me suivent, j’ai choisie.

De manière assez paradoxale donc, en guise de conclusion, on peut dire que la tradition japonaise contient l’idée de modernité. Cela est synthétisé par la phrase traditionnelle «温故知新 (onkochishin) qui pourrait se traduire «développer de nouvelles idées à partir de l’étude des expériences du passé». Le Uechi Ryu Evolution de la Koteikai a choisi cette expression comme maxime de référence . ( Elle est complétée par un dojo-kun, dont je parlerai dans une prochaine chronique.)

Nous devons toujours nous interroger sur nos pratiques , qu’elles soient martiales ou non.

Et si on oriente votre pratique vers un kumite « lissé », sportif, si l’on vous conseille de faire un appel du pied pendant un kata, ou si l’on vous donne un mauvais exemple de conduite, fuyez…

Commentaires  

#22 Lucinda 12-08-2015 11:28
Je dois reconnaître que je ne pigeais rien mais maintenant c’est beaucoup plus clair dans
mon esprit grace à votre article. je vous remercie.
#21 Matt 02-10-2014 15:17
(suite et fin)
J'ai vu passer dans certains commentaires le terme de "secte". Je ne peux être qu'en désaccord avec cette définition. Nous ne souhaitons pas atteindre la ceinture d'Orion en nous immolant par le feu, laissons cela aux faibles esprits égarés. Et puis, on a rarement vu un adepte de secte en ressortir plus fort que quand il en est entré...
#20 Matt 02-10-2014 15:17
Certaines traditions se perdent, d'autres se créent ou perdurent. L'important, à mon sens, est de savoir qu'elles existent, ou ont existé, et de pouvoir "séparer le grain de l'ivraie".
Pragmatique de nature, j'ai toujours cherché l'efficacité optimale dans chacune de mes positions, chacun de mes coups, sans pour autant dénigrer les principes originels; mais en conservant néanmoins une faculté d'analyse. Si les arts martiaux correspondent à la somme de plusieurs traditions, on peut donc parler de culture à part entière, une culture qui évolue, s'enrichit...
Je suis heureux de voir que d'autres personnes pensent de même, à l'instar des frères Perez dont je suis l'enseignement depuis de nombreuses années.
#19 Nicolas MOUCHEBOEUF 02-10-2014 11:23
J’ai retrouvé toute cette dimension dans l’enseignement de la koteikai, toute cette « tradition » du vrai uechi ryu, celui qui se doit d’être adapté, et efficace, celui qui était enseigné il y a longtemps et qui tirait son expérience de ceux qui avaient « gouté » aux combats réalistes des duels.
Raphaël (et son frère Vincent) que je connais depuis de longues années, sont pour moi des frères (d’armes), et je retrouve en eux toute la passion, la sincérité, et la « vérité » de ce que je cherche dans « l’art du combat »
Ses chroniques sont pour moi des évidences…
Merci
#18 Nicolas MOUCHEBOEUF 02-10-2014 11:23
Pratiquant le Uechi ryu de Maitre Takemi Takayasu depuis plus de 20 ans, je m’adonne en parallèle, à la boxe anglaise, et je m’intéresse beaucoup à la lutte sous toutes ses formes, au travail au sol, ainsi qu’au travail contre armes, de toutes écoles, qui ont démontrés leur intérêt certain dans une pratique martiale complète, tout ceci afin d’améliorer ma condition de pratiquant d’arts martiaux au sens général du terme.
#17 christian biche 02-10-2014 00:41
suite...
comme vous le dites il y a de tout sur le net et n'importe quoi, quand au maître de l'ombre (rires) que je suis et qui vous ferait peut-être de l'ombre...(c'est de l'humour ! car il faut préciser à chaque fois sans heurter la sensibilité des jeunes) je suis tout simplement forgeron de sabres anciens (japonais et occidentaux) et j'aime la tradition et les rites autour de la tradition donc lire des articles notamment sur les arts martiaux qui dénigrent la tradition après l'avoir utilisé me fait sortir hors de mes gonds...désolé de n'avoir rien compris à votre article ou de vous avoir choqué ou heurté. bien à vous ! (puisque vous n'aimez pas le "cordialement")...
#16 christian biche 02-10-2014 00:31
Maître Pérez,
Très bonne fête de vos 30 années de multiples et mémorable(je l'espère pour vous) expériences martiales...J'adore aussi votre fausse subtilité de mettre votre interlocuteur sur un piédestal pour décrédibiliser ses arguments ainsi que l'art subtile de la manipulation des mots (renversement de l'interprétation).Faut-il y voir un sérieux problème avec l'autorité ? Aucunement en mon sens j'ai voulu vous choquer où vous attaquer personnellement car je ne le ferais surement pas via le net mais bien en face de vous.Il s'agit bien évidemment de débattre( avec douceur par exemple comme vous le faites si bien... ou alors par d'autres moyens ou façon de s'exprimer (violemment apparemment comme je l'ai fait):on en revient toujours au même adage: tous les goûts et les méthodes sont dans la nature! ).
#15 Raphael Perez 01-10-2014 16:11
(suite et fin)
Enfin, en guise de conclusion, en me paraphrasant sur le taboulé, vous me confirmez subtilement , en répétant encore une fois ce que je dis, que je suis sur la bonne voie.
Maitre Biche, le net foisonne de penseurs racontant n’importe quoi derrière leur clavier, et qui ne  font qu’illustrer l’adage « un avis c’est comme un trou du cul , tout le monde en a un ». Vous , bien sûr, ne relevez pas de cette catégorie, et je vous remercie d’être sorti de votre réserve de maitre de l’ombre pour descendre me conseiller.
Cordialement, comme vous dites.
Salutation à Christophe.
Osu.
#14 Raphael Perez 01-10-2014 16:10
(suite 7)
Votre dernière leçon a été plus claire. Lorsque vous dites que je considère que Takemi Takayasu était le seul vrai maitre, vous avez commis , volontairement bien sûr, trois erreurs d’un coup. Premièrement une erreur de lecture car ce sont les propos d’un ami que je cite. Deuxièmement, vous ne connaissez pas les maitres qu’il a rencontrés donc il vous est impossible de savoir si son jugement est valable. Troisièmement enfin, vous vous placez en contradiction avec la phrase du texte qui évoquent les anciens maitres comme des « génies » ce qui montre mon respect pour eux. Vous m’enseignez donc l’importance de l’honnêteté intellectuelle.
#13 Raphael Perez 01-10-2014 16:08
(suite 6)
Je suis de plus d’autre part représentant en France de l’IOSTK, association internationale MULTI-STYLES qui favorise les échanges entre les différents styles.
Tout cela étant complètement à l’opposé du comportement sectaire ( qui serait plutôt du type à refuser toute réflexion sur un maitre ou une tenue par exemple…)
j’ai compris votre leçon.
Maitre Biche, vous venez de m’enseigner l’humour.
#12 Raphael Perez 01-10-2014 16:07
Depuis des années, contrairement à certains pratiquants sectaires qui pratiquent au fond de leur puits , pensant que le ciel est rond , je souligne lors de mes cours les qualités des autres styles. J’indique clairement qu’un bon pratiquant de jiu jitsu brésilien peut plier un karatéka non averti et en faire un paquet cadeau.
(suite 5)
J’indique la virtuosité à mi-distance des boxeurs anglais.
J’incite mes élèves à comparer, pratiquer d’autres styles (ils sont allés au shotokan, sanda, taekwondo, kravmaga…) , pour cerner points forts et faiblesses.
Nous sommes proches des représentants en France du combat russe, avec qui nous allons organiser bientôt un stage commun.
#11 Raphael Perez 01-10-2014 16:05
(suite 4)
Concernant le claqué d’une toile trop épaisse qui vient gêner la recherche de la bonne sensation, on peut citer , dans l’ordre:
l’incroyable Maitre Mas Oyama , créateur du Kyokushinkai, 10ème Dan , qui a dessiné une nouvelle tenue, le sublime Maitre Henry Plée (que j’ai rencontré), pionnier du karaté en Europe, 10 ème Dan, qui a dessiné une nouvelle tenue, l’exemplaire Maitre Hiroo Mochizuki, 10ème Dan, créateur du Yoseikan Budo, qui a fait dessiner une tenue par M. Boutboul, (que j’ai rencontré), et enfin l’immense Maitre Kenji Tokitsu (que j’ai rencontré), fondateur du Jisei-Budo,10ème Dan, qui a également dessiné une tenue fluide.
J’avoue que , vu que vous appartenez au même cercle des pratiquants de haut niveau, je ne comprenais plus votre message. Et puis j’ai compris. Vous nous avez accusé d’être une « secte » qui détenait la vérité. Et là tout est devenu clair.
#10 Raphael Perez 01-10-2014 16:04
(suite3)
Votre deuxième leçon était plus difficile à comprendre.
En effet dire que j’ai craché sur un kimono que j’ai porté 28 ans était difficile à entendre.
D’autant que les deux points que j’ai évoqués ont déjà étés révélés par les plus grands maitres (que l’on ne connait que si on n’est pas sectaire, enfermé dans son style).
Concernant l’anecdote de la couleur , les photos des maitres du Uechi Ryu en noir me dispensent de commentaire. De plus, un homme comme vous ne se permettrait pas de critiquer l’hommage du noir concernant notre tristesse du départ de sensei Takayasu .
#9 Raphael Perez 01-10-2014 16:02
(suite 2)
D'autre part, vous parlez d’un système sectaire quand on évoque l’origine du salut, ce que je n’ai pas mentionné sur ce point. Vous m’enseignez par là même l’art du faux-sens.
Merci Maitre Biche, pour cette première leçon.
#8 Raphael Perez 01-10-2014 16:01
(suite) Votre première intervention porte sur Napoleon , que le Japon n’aurait suivi que plus tard, sur les sports de combat et sur le comportement sectaire. Pour moi, votre enseignement est ici multiple. En arrivant à faire trois erreurs en une phrase, vous m’indiquez l'importance de bien lire un texte avant de le critiquer.
En effet Napoléon étant français, c'est bien un modèle occidental qui a été imité et c'est précisément le propos de ma chronique. Vous confirmez donc en prenant l’air d’apporter une rectification (l’air hautain) . C’est très subtil.
Vous continuez en précisant qu’ « il n’y a pas qu’en sports de combat que l’on voit cela » alors que précisément on ne le voit pas. Si l’on s’inscrit dans un club de boxe anglaise (vous connaissez?) on ne le voit pas. Nous parlons ici d’arts martiaux et japonais en l’occurrence. Vous me donnez généreusement ici un exemple de hors-sujet et de contre-vérité.
#7 Raphael Perez 01-10-2014 15:57
Maitre Biche,
Je fête ce mois de septembre ma 30ième année de karaté, mais je suis bien sûr toujours en quête d’amélioration. Je n’ai pas éteint le feu comme  le conseille l’ancien adage.
Aussi, je suis heureux de recevoir cette leçon d’un maitre aussi réputé que vous. Vous avez eu l’intelligence de m’insulter à plusieurs reprises, en disant que je me prenais pour dieu le père, en insultant mes connaissances historiques , en me traitant d'hypocrite et en me diffamant en disant que je crachais sur le kimono blanc, tout cela avec un ton condescendant , et vous m’avez donc donné là une belle leçon d’humilité.
Je vais me permettre de revoir vos arguments un à un car , hélas , mes compétences intellectuelles étant limitées , je me dois de vous dire ce que j’en ai compris , car je suis sûr que , comme tout grand maitre, vos apparentes inepties et contradictions masquent des messages de sagesse.
#6 christian biche 29-09-2014 15:46
petit clin d'oeil :
les 2 taboulés si différents par leur constituants sont délicieux tous les deux...
#5 christian biche 29-09-2014 15:40
suite et fin...
tous les goûts sont dans la nature aussi variée qu'elle puisse être et aussi belle qu'elle soit!! ceci est un fait.
cordialement à l'écrivain de cet article
#4 christian biche 29-09-2014 15:37
suite...
l'être humain fait ce qu'il peut et il arrive parfois que des êtres éclairés nous montre une voie "qui n'est jamais la meilleure mais qu'un point de vue (comme une goutte dans un océan) " afin que nous puissions évoluer et sortir de notre infâme égo qui nous tue à petit feu. donc respect aux anciens du présent comme du passé qu'ils fussent dans l'erreur ou dans la vérité.dire qu'il n'y a qu' "un seul vrai maître" est tout aussi faux que de dire qu'il n'y en a pas...
Dans le respect et pour ceux qui essaient de faire avancer l'humanité...
#3 christian biche 29-09-2014 15:36
suite..
donc cracher sur le système japonais du keikogi ou kimono blanc(peu importe,l'habit ne fait pas le moine) qui a essayé un temps soi peu de rééduquer ses classes d'humains chevronnés par cette méthode est un peu hypocrite...d'autres parts se dire appartenant à un groupe" koteikai vêtue de noir " en essayant de s'attribuer des mérites du genre (nous notre "secte" recherche la vérité ) est du même niveau. un peu de respect quant au si petite personne que nous sommes d'essayer de sortir de la boue dans laquelle nous nous sommes mis tout seul
#2 christian biche 29-09-2014 15:35
arts martiaux et fonctionnement militaire: il n'y a pas que dans les "sports de combats" que l'on voit cela! toute la société est basée sur ce mode de fonctionnement dont le pionnier je vous le rappelle fut "napoléon bonaparte" qui a "développer" ce mode de fonctionnement (dates? 1769-1821).le japon n'arrivant que bien après( japon impérial à partir de 1867-1945) en ce calquant sur ce système "sectaire"comme vous dites...un peu d'histoire ne fait pas de mal de temps à autre...
#1 Votre reporter 28-09-2014 11:10
Ah, si j'avais pu lire cette chronique lors de mes débuts en karaté ...
Je passais à l'époque autant de temps à apprendre mes katas qu'à essayer de faire claquer mon kimono !

Mais peut-être faut-il passer par cette phase pour ensuite comprendre l'essentiel ...

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